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Un téléphone satellite et un panneau solaire nous permettent de vous transmettre ces quelques nouvelles.


Genève, 26 et 28 août 2002

L'équipe s'est envolée pour Kathmandu.

Kathmandu (Népal), 30 août 2002

Premiers pas dans ce vaste bazar qu'est devenu le centre de Kathmandu. Poussière âcre, klaxons intempestifs, sollicitations des marchands. Nous retrouvons pourtant l'esprit du voyage et, au crépuscule, magie et douceur orientales.

Entre achats de matériel de montagne, préparation des bagages et contacts pour des informations météorologiques, la journée s'écoule vite. Peu de place pour le calme auquel nos esprits fatigués par des mois de travail aspirent.

Demain déjà nous volons, par dessus l'Himalaya, sur Lhassa

Tingri, 4 septembre 2002

Aux douces litanies des moines se mêlent des explications nasillardes du guide chinois. Ainsi en est-il de la ville où les larges artères orthogonales annihilent peu à peu le désordre des ruelles anciennes.

Malgré cette opposition formelle de 2 mondes qui s’affrontent, nous sommes accueillis de part et d’autre avec curiosité et bienveillance.

Un moment fort du Tibet urbain : après avoir tourné avec les pèlerins dans l’enceinte du Jokang, nous nous asseyons sur la place. Des enfants rieurs nous abordent et, magnifique générosité, partagent leurs quelques biscuits.

Enfin les grands espaces. Nous quittons l’esprit de frontière de ces villes, prises dans le rythme fiévreux de l'expansion chinoise. Soyons honnêtes, les premières campagnes sont ternes et l’archaïsme des villages est crasse.

La fatigue se fait sentir. Dépaysement, poussière, altitude. Sommes-nous en voyage, en préparation d’expédition ? Peut-être un peu perdus. Au 3ème jour de route, le Tibet rêvé se dévoile enfin. Chahutés, serrés dans la Jeep, nous nous laissons aller à l’émerveillement des teintes fauves, des reliefs ciselés, des pâtures généreuses. Au loin, les cimes des premiers 8000 m nous invitent à quitter la passivité. Assurément, il nous faut changer de rythme. Demain, à pied, nous vivrons des paysages magnifiques qui se sont offerts passé le dernier col à 5200 m.

Camp de base du Shisha Pangma, 11 septembre 2002

Changement de rythme, de dynamisme. Une multitude d’instants forts, propres à chacun et une unité émotionnelle dans le trajet parcouru. Horizons qui se découvrent, lignes éloignées attirantes et bienveillantes.

Notre caravane forte de 11 yaks, se met en route pour une marche d’acclimatation. Les décors changent, avec eux l’altitude. Nous évoluons entre 4500 et 5200 m, nos corps s’adaptent tant bien que mal. Les sensations sont changeantes. Tête lourde, nuits agitées, estomac capricieux contrastant avec l’harmonie intérieure inspirée par le décor. Dans cet environnement, le repos devient une règle d’or. Tout est pourtant bien là, prêt à l’émerveillement. Ne serait-ce que ces étoiles, au ciel nocturne que l’on croyait connaître, et qui, au long de notre élévation progressive, se révèlent ô combien plus lumineux.

Nous pénétrons le sanctuaire du Chomolongma au matin du 8 septembre. Arrivés au monastère du Rongbuk, la beauté des lieux nous envahit. Nous sommes conviés à participer à une cérémonie organisée pour la réussite et la sauvegarde de notre petite expédition. Nous nous laissons emporter par les chants et les musiques. Cette heure passée accroupis parmi les moines et les nonnes tibétains enchantent notre marche jusqu’au camp de base de l’Everest. Everest, Chomolongma, Sagramatha, montage qui n’en finit pas de grandir et qui nous éblouit tout au long de cette journée d’ouverture physique et spirituelle.

Au lendemain, nous retrouvons la poussière des routes lors d’un inoubliable voyage en jeep qui nous conduit à Tingri, puis au camp de base du Shisha Pangma …

Nous sommes à pied de l’œuvre. Voici plus d’une année, les premiers rêves. Aujourd’hui nous contemplons la montagne, essayons d’y lire des itinéraires, et nous nous reposons autant que possible, chacun à sa manière. Le cœur et la tête tout autant prêts et volontaires qu’anxieux et certains, et plein de respect.

Demain si tout va bien, nous atteindrons le camp de base avancé, 5500 m d’altitude.

Camp de base avancé du Shisha Pangma, 13 septembre 2002

Enfin à pied d'œuvre : le sommet est face à nous, si proche et pourtant … Le choix de notre emplacement, un petit plateau morainique dominant un lac glaciaire où viennent se jeter de magnifiques pénitents, n'est pas anodin. Refuge de nos efforts démesurés, il confère ensoleillement, source d'eau et intimité par rapport aux autres expéditions.

Passang et Wangshu, nos sherpas, construisent un autel où s'accrocheront, lors d'une cérémonie en l'honneur de la nature et des dieux de la montagne, les banderoles de drapeaux de prières tibétains. Aux récitations de Passang se mêlent les pensées profondes que chacun est invité à formuler en nouant un foulard. Humilité face au sommet, volonté de préserver son intégrité corporelle, énergie pour Matthieu qui, resté en Suisse, doit parcourir un autre chemin.

Camp de base avancé du Shisha Pangma, 20 septembre 2002

Les toiles de tente claquent dans la tempête. Les gestes se font lents dans l'exiguïté de nos abris ancrés dans la neige. Préparer une boisson, s'habiller ou plus prosaïquement uriner requièrent un effort considérable. Le premier contact avec les hauteurs est rude. Aux difficiles repas dans ce premier camp à 6400 mètres, aux affres que certains ressentent lors de la montée, s'ajoutent les premières tensions dans le processus décisionnel de notre petite expédition autonome. Nos rythmes ne se rencontrent pas toujours.

Par contraste, quelle impression de confort de retour au camp de base avancé. Dans l'espace généreux de la tente mess, nous sommes accueillis par la cuisine épicée et abondante de Manaram, notre cook " le meilleur de l'Himalaya ". L'anniversaire de Ken, un voisin, le vin ouvert à l'occasion, les gâteaux et les tubes de notre jeunesse nous transportent dans une douce euphorie. Nous en oublions presque le gel qui gagnent nos pieds.

Demain nous partons pour le camp 2 et, si toutes les circonstances s'y prêtent, pour une première tentative du sommet.

Camp de base avancé du Shisha Pangma, 25 septembre 2002

De la montagne, du temps, des idéaux, et d'autres démons. Il neige au camp de base. Une légère couche blanche recouvre les tentes, de petits sentiers aléatoires s'impriment sur la moraine.

Au loin, l'itinéraire convoité se voile dans le mauvais temps. Ascension rendue impossible pour nous, première tentative avortée à 6400 mètres d'altitude. Décidément, la motivation ne suffit pas … Pour l'instant, nous espérons retrouver nos tentes et notre matériel intacts là-haut, mais quand ? Notre liberté est toute relative.

Rendus au sol pour ainsi dire, notre vie à l'ABC contraste aujourd'hui avec l'énergie engagée il y a quelques jours. Ici c'est l'excédent de temps. Autant il nous a fallu nous ajuster en début d'expédition à ce nouveau rythme, faire nos tâches respectives, communes ou personnelles, autant à présent tout est bien rôdé. Voilà la vraie attente qui commence … Attente d'une plage météo favorable pour quelques jours.

Une routine s'installe, et du surplus de temps nous essayons - parfois non pas sans mal - de tirer le meilleur profit. Les contrastes sont de mise, entre action et inaction, froid de la nuit et chaleur pouvant surprendre le jour, monde de glace et monde de pierre, affût et léthargie.

Patience, voilà l'essence de notre attente d'aujourd'hui.

Genève, mercredi 2 octobre 2002

A l'heure du café, un appel parvient du camp 2 du Shisha Pangma où Martin, Pascal et Damien récupèrent de leurs efforts de la veille, bien installés à 7000 mètres d'altitude sur un plateau situé 1000 mètres en-dessous du sommet caché de leur vue par une combe. Tous trois profitent depuis quatre heures d'une sorte de grasse matinée dans la touffeur de la tente chauffée par le soleil et la cuisson quasi continuelle des 4 litres de thé quotidiens nécessaires à chacun. Le régime du matin est complété par des crackers au parfait, crackers dont la recherche d'une boîte égarée dans les affaires de la tente a coûté pas mal de souffle à Pascal.

Même si ces gestes triviaux sont accomplis péniblement, les trois compagnons ont l'air en très bonne forme, apparemment les gaz du réchaud et la chaleur semblent être pour le moment les causes principales de désagrément dans la tente. Pierre, quant à lui un peu plus fatigué par l'altitude et par quelques problèmes intestinaux gênants mais sans gravité, est redescendu au camp de base avancé.

Petit retour en arrière. Depuis les dernières nouvelles reçues il y a une semaine, le groupe avait entre-temps quitté le camp de base avancé plongé dans le mauvais temps et en avait profité pour marcher vers le premier camp de base. De retour à l'ABC et le beau temps revenu - sans doute la fameuse fenêtre météo correspondant à l'inversion du régime des vents - il a ensuite été possible de progresser vers le camp 1 puis le camp 2. Cette dernière étape a été pénible, par sa distance de 15km, mais aussi par le creusement à 7000 mètres d'altitude de 2 trous d'abri pour les tentes. Un des deux sherpas n'étant arrivé que vers 20h30, trois heures après les autres, en ayant porté plus de 25kg de charge, il n'était plus raisonnable de vouloir partir le lendemain à trois heures du matin. C'était pourtant l'horaire convenu avec une équipe espagnole avec laquelle l'assaut final devait être réalisé.

Après une petite reconnaissance mercredi des itinéraires potentiels de descente à ski, c'est finalement jeudi matin que le départ devrait s'effectuer, cette fois avec 3 nouveaux compagnons portugais et américains présents au camp 2. Si le beau temps frais, et parfois très venteux, se maintient, la montée sera tentée d'une seule traite, sans arrêt au camp 3 et en emportant les skis, probablement portés sur le dos la plupart du temps.

Camp de base avancé du Shisha Pangma, 4 octobre 2002

Toute l'équipe est de retour au camp de base. Trop de neige, trop de vent, des températures trop basses pour aller jusqu'au sommet mais chacun est arrivé à des objectifs différents : Pascal et Damien avec un des sherpas ainsi que des membres d'une autre expédition ont atteint l'altitude de 7400 mètres, Martin avec le deuxième sherpa et un autre grimpeur sont arrivés à 7900 mètres. Il restait encore deux heures d'efforts pour le sommet, mais l'horaire fixé pour la redescente a obligé le groupe à rebrousser chemin.

Camp de base avancé du Shisha Pangma, 9 octobre 2002

Belle matinée d’hiver avec la neige au soleil après 2 jours de tempête qui a fait échouer la remontée de Pascal et Damien. Quelques personnes sont remontées au camp 1 pour aller chercher le matériel restant. Demain matin en principe retour avec les yacks vers la route où nous attendent les jeeps.